Au cours de la bataille de Stalingrad, les blindés allemands montrent leurs limites en combat urbain. Afin que les troupes au sol puissent bénéficier d'un appui feu conséquent face aux soldats soviétiques, solidement retranchés, les Allemands se lancent dans la conception de nouveaux matériels plus puissants, capables de venir à bout des secteurs lourdement fortifiés. Avec son canon de 15cm, le Brumnbär répond en partie aux besoins de la Wehrmacht. Son armement est capable de réduire au silence des bunkers et autres points fortifiés. Pourtant, les immeubles bétonnés, typiques de l'architecture stalinienne, se révèlent extrêmement difficile à détruire. Leur structure résiste longtemps aux obus explosifs et les défenseurs, installés dans les étages supérieurs, peuvent prendre à partie les véhicules ennemis dans les points les plus vulnérables, comme le toit faiblement blindé.

Pour détruire des bâtiments, certains chefs de chars se servent de leur engin comme bélier. Cette méthode n'est pas sans risque, car elle oblige l'équipage à s'approcher de très près de son objectif. De plus, les Panzer ne sont pas conçus pour jouer ce rôle. Les équipages courent le risque d'endommager leur véhicule dans ce type d'opération. Si la masse d'un char moyen permet de détruire une simple habitation, elle est loin d'être suffisante pour ébranler un immeuble.

Reprenant l'idée, les ingénieurs imaginent un engin suffisamment lourd et robuste pour abattre tout type de bâtiment qui se dresse devant lui. Le 22 novembre 1942, Hitler approuve la mise au point d'un prototype reprenant le châssis du VK45.01(P), mis au point par Porsche dans le cadre du Tigerprogram. Le 7 décembre, les plans du prototype sont terminés. Séduit, le Führer décide, le 5 janvier 1943, de lancer la production de trois Rammtiger. Désigné Raumpanzer Tiger(P), le blindé est doté d'une charrue à l'avant, tandis que la tourelle est remplacée par une superstructure en forme de V inversé, destinée à faire glisser les gravats. L'engin est armé d'une mitrailleuse MG-34 pour sa défense rapprochée. Finalement, le projet d'un véhicule bélier est abandonné car il ne répond pas aux besoins de l'Armée allemande.

Les ingénieurs allemands misent alors sur un engin de conception plus classique et doté d'un puissant armement. Le Mörser 18 de 21cm est pressenti. Cet obusier lourd affiche un pouvoir de destruction considérable. Néanmoins, intégrer une arme aussi volumineuse et lourde – plus de 16 tonnes en batterie – à un véhicule blindé est difficilement réalisable. Il n'existe donc pas d'arme, à la fois puissante et compacte, répondant au cahier des charges. La solution vient finalement de la firme Rheinmetall Borsig, qui développe un lance-roquette de 38cm, initialement conçu pour la lutte anti-sous-marine et dont les caractéristiques techniques permettent d'envisager sa greffe sur un blindé. Compact, le Raketenwerfer tire un projectile doté d'une charge explosive de 121 kilogrammes, de quoi ébranler les plus solides bâtiments de l’architecture soviétique.

Une fois l'armement défini, il ne reste plus qu'à trouver un châssis compatible. Ce dernier doit posséder un blindage suffisamment épais pour résister aux attaques rapprochées, et être assez vaste pour accueillir la casemate abritant le Raketenwerfer et ses volumineux projectiles. Il existe peu de châssis de char capables de supporter ces paramètres. Les ingénieurs allemands choisissent de reprendre le châssis du char lourd Tiger I Ausf. E. Pour ne pas impacter la production des Tiger, il est décidé de reprendre des châssis lourdement endommagés. Le projet est confié à la firme Altmärkische Kettenwerke GmbH, spécialisée dans le recyclage de châssis. Afin de gagner du temps, le futur blindé présente une architecture similaire au Sturmpanzer IV Brumnbär. La tourelle d'origine est ainsi remplacée par une imposante casemate fixe.

En octobre 1943, le prototype du 38cm RW61 auf Sturm (Panzer) Mörser Tiger est présenté à Hitler. Conquit par le potentiel du blindé, le Führer donne son accord à un programme d'essais. Après avoir passé tous les tests, une commande de douze engins est ordonnée en août 1944. Les Sturmpanzer VI Sturmtiger doivent ensuite sortir au rythme de 10 engins par mois. Cet objectif ne sera pas tenu. Au total, d'août à décembre 1944, seulement 18 Sturmtiger sortent des chaînes de production. La production s'étale sur deux mois ; 10 unités en septembre 1944 et 8 en décembre de la même année.

Selon le cahier des charges, le Sturmmörser doit être capable de résister à la majorité des armes antichars ennemies. Dans ce but, la casemate est équipée d'un important blindage. La protection frontale atteint les 150 mm d'épaisseur, soit 50 mm de plus que la cuirasse d'origine. Les plaques d'acier sont inclinées à 45°, de façon à favoriser le ricochet des projectiles. La protection des flancs est assurée par un blindage de 80 mm incliné à 60°. Le blindage du Sturmpanzer VI le met à l'abri de la grande majorité des canons que les Alliés peuvent mettre en batterie. Pour gagner de l'espace dans l'habitacle, l'inclinaison des flancs de la casemate est limitée. La cuirasse arrière atteint 80 mm d'épaisseur. Elle est capable de résister aux tirs de canons de petits calibres ou aux jets de grenades. La base du tube est protégée par un épais manchon blindé. En cas d'immobilisation, l'équipage peut évacuer l'engin en passant par une trappe circulaire, épaisse de 80 mm, placée dans la partie arrière de la casemate.

L'équipage se compose d'un chef de char, d'un tireur, d'un chargeur, d'un radio et d'un pilote. Ce dernier dispose d'un épiscope installé à gauche du tube pour la vision. Selon certains spécialistes, il y aurait en réalité quatre chargeurs, soit sept membres d'équipage au total. Il est néanmoins difficile d'imaginer sept hommes coexistant à l'intérieur de cet engin. Pourtant, en raison du poids considérable des projectiles, un équipage de sept hommes est parfaitement plausible.

Aussi considéré comme mortier lourd, le lance-roquettes équipant les Sturmtiger prend la désignation de Raketenwerfer 61 L5.4 (RW 61). Il est installé en décalé sur la droite de l'axe de l'engin. Son intégration dans une casemate fixe limite le débattement latéral du tube, qui ne peut bouger que de 10° à gauche ou à droite. En revanche, son élévation maximale atteint +85°. En combat urbain, le Sturmtiger est ainsi capable d'atteindre des hauteurs d'immeubles inaccessibles aux autres blindés. Contrairement à une pièce d'artillerie classique, le « canon » n'est pas destiné à lancer les projectiles, mais seulement à les guider pendant les premières fractions de seconde du vol. À son bout, quatre ergots métalliques permettent de fixer les deux contrepoids en forme de demi-cercle, ce cerclage facilitant le pointage du tube. Les secousses dues à la conduite, ainsi que le fort recul du tir, ont tendance à les décrocher rapidement.

Le Raketenwerfer tire une roquette d'environ 330 kilogrammes à une distance comprise entre 4600 et 6000 mètres. La portée est faible, mais suffisante pour les combats urbains. Les projectiles intègrent une charge explosive, le plus souvent du TNT, de 121 kilogrammes et mesurent 144 cm de long sur 380 mm de diamètre. La partie arrière contient une poudre propulsive constituée de diglycol. La puissance destructrice de la roquette suffit à souffler un immeuble en un ou deux coups. Afin d'augmenter les capacités destructrices de l'engin, un projectile à charge creuse est développé. Capable de percer jusqu'à 2,5 mètres de béton, il est à même de réduire au silence tous les bunkers se dressant en travers de sa route.

Le tir de la roquette génère énormément de gaz. Ces derniers sont évacués par 32 petites tuyères, de 11 mm de diamètre, regroupées en 4 groupes de 8, situées sur l'arrière de la fusée. Les gaz sont évacués vers l'avant grâce à des tuyaux de ventilation installés dans le tube même, et dont les orifices se situent dans la bouche. Ce système réduit le recul du Raketenwerfer, et évite l'éclatement du tube sous la pression exercée par les gaz. Le châssis, déjà soumis à rude épreuve par les 65 tonnes en charge, doit encaisser un recul considérable. Lors de chaque coup tiré, le Sturmtiger supporte des forces de 30 à 40 tonnes, fragilisant ainsi davantage le châssis et le moteur. Le souffle du départ est accompagné d'un formidable éclair, facilitant ainsi sa localisation. Ce manque de discrétion oblige l'équipage à manœuvrer à chaque tir.

Les procédures de tirs sont complexes. Les servants doivent tenir compte du poids du projectile, de la température ambiante et du taux d'humidité. L'équipage peut compenser le manque de précision du Raketenwerfer en s'approchant au plus près de son objectif grâce à un épais blindage. Les projectiles sont très lourds et nécessitent une manipulation particulièrement pénible. Un système de rail est mis en place afin d'armer le canon. Le volume des projectiles impose une cadence de tir assez réduite.

Le stockage des munitions de 38cm, qui ne sont pas prévues pour un usage dans un milieu aussi confiné, pose des difficultés aux ingénieurs. Du fait de la taille des projectiles et de l'espace à bord réduit, le Sturmmörser n'emporte que 12 projectiles, stockés dans des travées de rangement, placées sur les côtés de l'habitable. Deux projectiles supplémentaires peuvent être emportés : un dans le tube et l'autre placé sur le plancher. Pour le ravitaillement en munitions, une large trappe, blindée à hauteur de 40 mm, est prévue dans le toit du compartiment de combat. Un palan démontable, installé à l'arrière droit de la casemate, facilite la manutention.

Pour sa défense rapprochée, le Sturmtiger est équipé d'une mitrailleuse MG-34 de 7,92 mm, montée sur une rotule (Kugelblende), placée au travers du blindage frontal. Le radio fait office de servant. Le blindé est également équipé d'un lance-grenades de 90 mm sur le toit de l'engin, dénommé Nahverteidigungswaffe. Solidaire de la trappe d'accès, cette arme, capable de pivoter sur 360°, lance des projectiles fumigènes, à fragmentation ou explosifs, sous un angle de 30°. Cette arme manque toutefois de précision et peut s'avérer dangereuse pour l'infanterie d'accompagnement.

La propulsion est assurée par le V12 Maybach que l'on retrouve sur tous les chars lourds allemands. Le Sturmtiger étant basé sur le châssis du Tiger, il suit toutes les évolutions technologiques de ce dernier. Ainsi, selon les modèles, la puissance maximale varie de 650 chevaux pour le HL 210 P45 à 700 chevaux pour le HL 230 P30. Quelle que soit sa version, le moteur est totalement dépassé par le poids de l'engin. En théorie, ce dernier est capable d'atteindre les 38 km/h. Ce chiffre n'est toutefois jamais atteint sous peine d'entraîner des problèmes mécaniques. La vitesse réelle se situe plutôt aux alentours de 20 km/h. L'ensemble moteur/boîte/suspensions est soumis à de fortes contraintes liées au poids du blindé, et les pannes sont régulières. En tout-terrain, la pression au sol est trop importante. Avec ses 65 tonnes, le Sturmmörser est difficilement manœuvrable. À ces faiblesses s'ajoute une importante consommation en carburant avoisinant les 500 litres sur route, et dépassant les 800 litres en tout-terrain. Le Sturmtiger est équipé de quatre réservoirs, d'un total de 540 litres. Il ne peut parcourir que 120 kilomètres sur route et 80 kilomètres en tout-terrain. Tous ces défauts sont à relativiser car le Sturmmörser a été conçu pour les combats urbains. Ces derniers nécessitent rarement de parcourir de grandes distances, et ils ne requirent pas une grande mobilité. De plus, la proximité des ateliers de réparation compense le manque de fiabilité de l'engin.

Les Sturmtiger servent au sein d'unités spécialisées : les Sturm-Mörser-Kompanien ou Panzer-Sturmmörser-Kompanien (compagnies blindées de mortier d'assaut). Au vu du faible nombre d'engins fabriqués, seules trois compagnies sont créées ; les 1000, 1001 et 1002 Pz.Stu.Mr.Kp. La dotation théorique de chaque compagnie est de quatorze Sturmtiger. En réalité, il n'y a seulement que quatre engins par unité.

Lors de l’insurrection de Varsovie, en août 1944, les Allemands déploient un Sturmmörser. À cette époque, aucun canon d'assaut n'est apte au combat, et seul le prototype est disponible. Le blindage en acier « doux » de ce dernier est loin de valoir celui des engins définitifs. Mais, dans le domaine de la lutte antichar, les insurgés ne disposent que de moyens dérisoires. Si les rapports manquent sur son efficacité aux combats, nul doute que ses projectiles ont dû être dévastateurs.

Le Sturmtiger est initialement conçu pour les combats urbains. Toutefois, le cours de la guerre force la Wehrmacht à l'employer pour d'autres missions. En décembre 1944, dans le cadre de l'opération « Wacht am Rhein », les Allemands réunissent une masse de blindés en tout genre, comprenant également des Sturmmörser. Les 1000 et 1001 Pz.Stu.Mr.Kp. sont déployées au sein de la 15. Armee. Au total, sept Sturmtiger sont engagés dans les Ardennes. Au cours de leur avancée, les engins sont victimes de pannes à répétition et souffrent d'une faible mobilité et d'une consommation bien trop importante. Au final, le bilan est catastrophique. Trois engins sont immobilisés pour des problèmes mécaniques, trois autres sont victimes de panne d'essence, et le dernier est perdu lors d'affrontements.

Après avoir été reconstituées, les deux compagnies participent à quelques ultimes engagements. Constituée en 1945, la 1002 Pz.Stu.Mr.Kp est également engagée. Les Sturmtiger sont employés en rase campagne, terrain pour lequel ils n'ont pas été conçus, et sur lequel ils sont loin de s'illustrer. En cette fin de guerre, les Allemands jettent leurs dernières forces dans la bataille, qu'elles soient adaptées ou non aux missions confiées. Le plus souvent abandonné en raison de pénuries d'essence et de munitions, le 38cm RW61 auf Sturm (Panzer) Mörser Tiger n'aura jamais eu l'occasion de prouver son efficacité dans les combats urbains.

Profils couleur

Spécifications techniques

38cm RW61 auf Sturmmorser Tiger
Type Canon automoteur d'assaut lourd
Nb d'exemplaires produits 18
Équipage 5 ou 7 hommes
Poids en charge 65 tonnes
Longueur 6,28 m
Largeur 3,57 m
Hauteur 2,85 m sans le palan
3,46 m avec le palan
Motorisation Moteur : Maybach HL 210 P45 ou HL 230 P30 essence
Puissance : 650 cv à 700 cv à 3000 tr/min
Vitesse maximale Route : 40 km/h
Tout-terrain : 24 km/h
Autonomie Route: 120 km
Tout-terrain: 85 km
Blindage (en mm) Caisse : Frontal : 100 / Latéral : 60
Plancher : 25
Casemate : Avant : 150 / Côtés : 80 / Arrière : 80
Toit : 40
Armement Principal : 38cm Raketenwerfer 61
Secondaire : 1 mitrailleuse MG-34 de 7,92 mm ; 1 lance-grenades de 90 mm
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