Événements > Asie, Pacifique > La campagne de Birmanie

La Birmanie était une colonie britannique détachée depuis 1937 de la couronne des Indes. Le pays s'étend sur 680 000 km2 et possède des frontières communes avec l'Inde, la Chine, la Thaïlande et l'Indochine. Sa géographie comprend une série de reliefs positionnés sur un axe nord-sud, en plus de rivières et de jungles qui rendent les déplacements difficiles. Les réseaux de communication de l'époque étaient des plus primitifs. Seuls quelques sentiers dans les cols montagneux permettaient de relier la Birmanie à l'Inde, vers l'ouest, puis à la Thaïlande, à l'est. Le climat ajoute une difficulté supplémentaire. La température atteint souvent les 55°C et la mousson détrempe le pays de mai à octobre, transformant les pistes en rivières de boues. Ces conditions favorisent le développement de maladies telles que le paludisme, le typhus, le choléra, la gale et la dengue.

La Birmanie était un producteur de riz et de pétrole dont dépendait la machine de guerre nippone. Le contrôle du pays par les Japonais leur permettrait non seulement de protéger le flanc de l'attaque principale contre la Malaisie et Singapour, mais aussi de sécuriser par l'ouest l'ensemble des territoires qu'ils avaient l'intention d'occuper. L'occupation de la Birmanie leur permettrait également de couper le dernier courant de transport de matériel entre l'Inde et les forces nationalistes du maréchal Tchang Kaï-Chek.

À la suite de l'attaque surprise de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, les Japonais se lancèrent à l'assaut de plusieurs possessions occidentales en Asie et dans le Pacifique. Dès le mois de décembre, les forces impériales opérèrent des infiltrations frontalières et quelques raids aériens en Birmanie. Ce n'est qu'à partir du 15 janvier 1942 que les Japonais entamèrent de véritables opérations terrestres. Leur plan comportait deux phases. Dans un premier temps, les troupes japonaises mèneraient des actions limitées vers la péninsule de Tavoy destinées à sécuriser le flanc du front de Malaisie jusqu'à la chute du port de Singapour. Dans un second temps, en s'appuyant sur les velléités indépendantes birmanes et le Siam nouvellement rallié, elles gagneraient une position stratégique de premier ordre en isolant la Chine et en menaçant directement les Indes.

La 15e Armée du général Iida s'engouffra rapidement en Birmanie. La 17th Indian Division multiplia les combats retardateurs sans parvenir à enrayer la marche de l'ennemi. Moulmein tomba le 31 janvier 1942. En février, la chute de Singapour libéra deux divisions japonaises qui vinrent renforcer les deux grandes unités déjà déployées sur le front birman depuis le Siam.

À la nouvelle de la chute de Singapour, le Premier ministre australien Curtin rappela, le 23 février, le convoi transportant la 1st Australian Division dans l'océan Indien dans le but de protéger l'Australie menacée : « Nous nous sentons fondamentalement obligés de protéger l'Australie; non seulement dans son intérêt propre, mais afin de la préserver comme base de l'assaut futur contre le Japon ». Churchill télégraphia sur-le-champ « Rien d'autre au monde ne peut sauver la Birmanie », implorant Curtin de diriger le convoi sur Rangoon. « Votre meilleur recours, en cet instant périlleux, viendra des États-Unis » insistait Churchill avec force. Mais, en dépit de l'engagement de Roosevelt d'envoyer davantage de troupes, le Premier ministre australien et son cabinet demeurèrent intraitables. Le refus du Premier ministre australien de revenir sur « une décision qui avait été prise après mûre réflexion » devait être l'un des éléments déterminants du destin de la Birmanie.

Rangoon était également condamné en raison du refus du général Hutton d'accorder à son commandant, opérant sur le terrain, la semaine que celui-ci demandait pour effectuer un retrait de 64 km, au-delà du pont métallique qui enjambe le Sittang. Le général Hutton alla même jusqu'à obliger le général Smyth à prendre position le long du fleuve Bilin, qui pouvait ressembler à une courte ligne de défense sur une carte d'état-major, mais dont on découvrit vite qu'il n'était en fait qu' « une rigole humide en pleine jungle que n'importe qui pouvait franchir d'un bon ». Les Japonais traversèrent cette ligne défensive sans difficulté, prenant en étau les deux flancs du détachement anglais. Lorsque Smyth fut enfin autorisé à se replier, le 19 février, toute retraite méthodique était devenue impossible : « Nous décrochâmes beaucoup trop tard, sur une piste de boue épouvantable », nota un général scandalisé « d'être par-dessus le marché bombardé en diable par les avions anglais eux-même ». En effet, le QG de Rangoon avait ordonné aux pilotes de pilonner « la colonne qui avançait sur la route en direction du pont du Sittang dans l'après-midi du 21 février ». La colonne en question était en réalité amie...

Pour le général Smyth, il n'y avait maintenant plus d'autre solution que de faire sauter le pont, que les Japonais commençaient à balayer de leurs tirs de mitrailleuses. Le journal du régiment des Gurkha relate les événements : « L'important était que le pont ne tombe pas intact entre les mains des Japonais. Il devenait de plus en plus évident qu'on ne pourrait pas le détruire en plein jour, puisqu'il serait alors sous le feu de l'ennemi. Pourrait-on, au reste, tenir jusqu'au jour ? Le détruire, cependant, signifiait sacrifier la division indienne ; et, selon toutes les indications, cette division ne pouvait plus maintenant atteindre le pont. La décision devenant urgente, l'ordre de dynamiter le pont fut donné. ».

Après la destruction du pont du Sittang, le 23 février, à 5h30 du matin, la division indienne dont dépendait la défense de Rangoon était coupée à la fois par les Japonais et par le fleuve aux eaux rapides. Il ne fallut pas moins de dix jours aux Japonais pour reconstruire un pont provisoire à 16 km plus au nord. Ce laps de temps permit aux Anglais de détruire les installations portuaires de Rangoon et d'évacuer la ville. Ce délai sauva également la vie de près de 3000 soldats indiens qui réussirent finalement à rejoindre le fleuve et à le traverser à la nage ou sur des radeaux improvisés. Malheureusement, la courageuse brigade de Gurkha, dont les hommes ne savaient pas nager, fut totalement anéantie, emportée par le courant. Le 8 mars, la capitale de la Birmanie, Rangoon, tomba aux mains des Japonais. Le général Iida organisa une parade triomphale à travers la cité déserte.

Churchill nomma le général Sir Harold Alexander pour remplacer Hutton à la tête des troupes Alliées en Birmanie. Alexander arriva sur place le 8 mars. Mais il était beaucoup trop tard pour rééditer le miracle qu'il avait réussi à Dunkerque. Ses directives se bornèrent à tenir Rangoon ; faute de quoi il faudrait se replier au nord pour défendre la « route de Birmanie », reliant Kunming, en Chine, à Lashio, en Birmanie. La « route de Birmanie » était alors la dernière voie de ravitaillement entre les troupes de Tchang Kaï-Chek et les Alliés. Il fallait donc tout faire pour maintenir le contact avec la Chine. Rangoon tombé, Alexander décida de se retirer vers le nord. « Une sinistre course contre les Japonais et les pluies imminentes » commença.

Au cours des mois de mars et avril, les positions britanniques furent prises les unes après les autres. La 1st Burma Division manqua de peu d'être encerclée et détruite à Yanangyaung et fut dans l'obligation d'abandonner son équipement lourd. À Mandalay, les Japonais s'emparèrent d'un stock de 44 000 tonnes de matériels et de ravitaillement. En l'espace de quatre mois, le Burcorps d'Alexander puis du général William Slim qui regroupait les forces de Birmanie fut ainsi refoulé jusqu'à la frontière indienne au cours d'une retraite de 1500 kilomètres à travers la jungle. Les pertes alliées s'élevaient à 13 500 hommes, le triple de celles infligées à l'adversaire.

Les forces chinoises du Yunnan – 100 000 hommes, divisés en trois armées distinctes – placées en mars sous le commandement du général américain Joseph Stilwell et entrées dans le pays dans le but de contrer les forces japonaises furent sévèrement battues. Début mai, les dernières forces de Stilwell évacuèrent la Birmanie à marche forcée. Le 26 mai 1942, la campagne de Birmanie pouvait être considérée comme terminée. Les Japonais s'étaient emparés de la totalité du pays. La « route de Birmanie » était coupée. L'aide matérielle à destination des forces de Tchang Kaï-Chek ne pouvait plus désormais transiter de façon limitée que par avion, en effectuant un voyage depuis l'Inde au-dessus de l'Himalaya.

Le bilan de la campagne est désastreux. Les Britanniques, tout comme les Chinois, se sont révélés incapables de résister à la pugnacité et la vivacité des manoeuvres nipponnes, qui plus est sur un terrain difficile et quasiment dépourvu de réseaux de communication modernes. Plus de 150 000 hommes n'ont rien pu faire pour enrayer la progression de 80 000 Japonais. Compte tenu des priorités données aux théâtres d'opération, il faudra aux Alliés plus d'un an et demi pour reconstituer leurs forces sur un front considéré comme secondaire et politiquement « sensible » du fait des divergences de vues quant au devenir de la région après-guerre.

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