Événements > Asie, Pacifique > Le conflit sino-japonais

Les rivalités qui opposaient la Chine au Japon datent de la fin du XIXe siècle. Au cours de la guerre sino-japonaise de 1894-1895, la Chine subit une terrible humiliation : son influence en Corée fut complètement éliminée au profit de son adversaire, qui s'adjugea une première "colonie" en Mandchourie. Mais, la Russie, l'Allemagne et la France contraignirent le Japon à restituer sa conquête. Après quoi, les Russes s'installèrent en Mandchourie, ce qui déclencha une guerre entre la Russie et le Japon. Ce dernier en sortit vainqueur. La Corée devint alors un protectorat japonais et la Mandchourie devint « sphère d'influence » de l'Empire japonais.

Au cours des 25 ans qui suivirent, le Japon développa sa puissance industrielle et militaire tandis que la Chine s'affaiblissait. Le 10 octobre 1911, alors que la Chine était arrivée au bord de l'abîme, le peuple se révolta contre le régime impérial incapable et proclama la république. Les nouveaux dirigeants s'efforcèrent dès lors de moderniser le pays. Mais leurs efforts furent entravés par de terribles guerres civiles.

Vers la fin des années 20, l'unité chinoise était en partie réalisée sous la direction politique et militaire du maréchal Tchang Kaï-Check. Celui-ci établit sa nouvelle capitale à Nankin et lança une série de réformes économiques, industrielles et militaires de grande envergure. Allié aux communistes, bénéficiant même de l'aide soviétique, il se sépara d'eux en 1927.

Les Chinois se rendirent compte que le principal obstacle de leur redressement économique était le Japon. Ils décidèrent alors de boycotter tous les produits japonais. Cette situation inquiéta Tokyo car le Japon effectuait son commerce en grande partie avec la Chine. En représailles, des agents secrets nippons s'efforcèrent de saper l'autorité du gouvernement chinois en créant un climat de désordre et d'insécurité. En 1931, ils déposèrent une bombe sur la voie ferrée, près de Moukden, en Mandchourie. Il n'y eut pas de blessés mais le gouvernement japonais se servit de cet incident pour s'endiguer et prétendre que les Chinois étaient incapables de maintenir l'ordre en Mandchourie.

À la suite de cet incident, l'armée japonaise pénétra en Mandchourie et s'empara de ce territoire en quelques jours. La Mandchourie devint alors un Empire indépendant sous le nom de "Mandchoukouo". Sur le trône de cet État fantoche, les Japonais placèrent Pou Yi, dit le "bébé empereur". Pou Yi n'était en réalité qu'une marionnette aux mains des Japonais.

En 1931, les Chinois, en réponse à l'attitude des Japonais, étendirent le boycottage à l'ensemble du territoire. Les Japonais menacèrent et les Chinois firent la sourde oreille. Le 28 janvier 1932, les troupes nippones débarquèrent à Shanghai, centre même de l'activité de boycottage. Pendant plusieurs semaines, la XIXe armée se défendit vaillamment devant Shanghai. Les Japonais appelèrent des renforts et, le 4 mars, ils chassèrent les Chinois de la ville. Le 5 mai 1932, Tchang Kaï-Chek était contraint de signer un protocole mettant fin au boycottage.

Malgré les succès nippons en Chine, le gouvernement de Tchang Kaï-Chek se consolidait et devenait de plus en plus populaire. Ce dernier avait réussi à refouler les communistes du sud-est dans le nord-ouest à la population beaucoup moins dense. Ce n'est qu'après la mutinerie de Sian, en décembre 1936, que Tchank Kaï-Check et Mao Tsé-Toung s'entendirent enfin pour mettre fin à la guerre civile. Les Japonais, n'étant pas parvenus à diviser la Chine, ni à l'affaiblir, décidèrent de renverser Tchang et de conquérir toute la Chine. L'ordre fut donné de provoquer un incident en Chine du Nord qui fournirait le prétexte d'une invasion pour rétablir l'ordre.

Au cours de l'été de 1937, l'armée japonaise comptait environ 300 000 hommes, bien équipés et bien entraînés. Elle pouvait compter également sur l'appui de 150 000 Mandchouriens et Mongols, commandés par des officiers japonais. Dans l'archipel nippon, les Japonais disposaient de plus de deux millions de réservistes. La marine japonaise était l'une des plus modernes et des plus puissantes du monde. Enfin, l'aviation nippone était excellente. L'armée chinoise, quant à elle, pouvait aligner près de deux millions d'hommes, mal armés et mal entraînés. Elle n'avait pas de marine, disposait de peu d'artillerie et de quelques vieux avions. Mais la Chine avait un atout maître : sa population, atteignant les 500 millions d'habitants et dont l'agriculture suffisait à peine à nourrir.

Le 7 juillet 1937, dans la nuit, des unités japonaises, qui "manoeuvraient" dans le nord, attaquèrent les Chinois qui, sans méfiance, gardaient le pont de Marco Polo, près de Pékin. De Mandchourie, les troupes japonaises déferlèrent sur le nord de la Chine en direction de Pékin. Le gouvernement japonais prétexta qu'il s'agissait de représailles à la suite d'une attaque des Chinois. Le gouvernement Chinois proposa de négocier mais les Japonais n'y prêtèrent pas attention. Dans les semaines qui suivirent, ils occupèrent rapidement Pékin et Tien-Tsin.

Tandis que les Japonais progressaient rapidement de Pékin et Tien-Tsin vers le sud, leur marine débarqua de nombreuses troupes dans la région de Shanghai. Ces dernières devaient pousser rapidement vers l'intérieur des terres, le long du Yang-Tsé-Kiang, s'emparer de Nankin, la capitale, et, remonter au nord pour opérer la jonction avec les troupes venant de Pékin. Ainsi, la Chine serait coupée en deux et les meilleures troupes chinoises seraient prises au piège dans le nord-est de la Chine.

Les Japonais commencèrent à débarquer à Shanghai, le 8 août 1937. Ils se heurtèrent à une forte résistance et furent obligés de faire venir des renforts. Il faudra plusieurs semaines, malgré l'appui de la marine et de l'aviation, pour progresser vers l'intérieur. En octobre, les Japonais débarquèrent en de nombreux points, au nord et au sud de Shanghai. La résistance chinoise fut vaincue et la ville tomba aux mains des Japonais le 8 novembre. Ils se lancèrent ensuite à la poursuite des survivants chinois vers l'ouest, en direction de Nankin, où ils pénétrèrent le 13 décembre. Les Japonais y commettront des massacres.

Quelques jours auparavant, Tchang Kaï-Check avait transféré sa capitale en Chine centrale. La résistance chinoise, qui se faisait de plus en plus forte, arrêta l'avance des troupes nippones au nord du fleuve Jaune. Les Japonais marquèrent alors un temps d'arrêt, le temps de préparer une nouvelle offensive. Ils reprirent leur avance dans le nord-est de la Chine, début 1938, en poussant au sud, vers Siu-Tcheou, centre ferroviaire important. Les Chinois ne parvinrent pas à arrêter cette offensive. Tandis que les Japonais s'approchaient de Siu-Tcheou, les troupes de Tchang Kaï-Check lancèrent une contre-attaque surprise sur Taï-Tchouang qui leur permit d'isoler et d'encercler quelque 60 000 soldats nippons. Au bout de plusieurs heures de combats acharnés, les Japonais parvinrent à se frayer un chemin à travers les forces chinoises qui les encerclaient, mais durent laisser plus de 20 000 morts sur le terrain. La bataille de Taï-Tchouang constitue la première défaite importante infligée au Japon dans son histoire moderne.

Les Japonais reprirent leur attaque et s'emparèrent de Siu-Tchou, fin mai 1938, et occupèrent la région nord du fleuve Jaune. Les Chinois détruisirent alors les digues du fleuve Jaune, près de Siu-Tcheou. Ainsi, l'avance japonaise fut enrayée par un territoire complètement inondé. Une partie de leur matériel fut submergée par les flots ou embourbée. Cette inondation eut pour effet de dissuader les Japonais de poursuivre leur offensive partie du nord. Mais, ils continuèrent à progresser vers Han-Keou, le long des rives du Yang-Tsé-Kiang. Han-Keou tomba le 25 octobre 1938, après cinq mois de combats.

Les Chinois se trouvaient maintenant privés d'une de leurs régions les plus riches et les plus peuplées. Tchang Kaï-Check déplaça, une fois de plus, sa capitale vers l'ouest, et l'installa à Tchong-King. Il donna l'ordre d'appliquer une politique de "terre brulée". Dans les régions où avançaient les Japonais, tout ce qui pouvait servir devait être détruit.

En octobre 1938, les Japonais débarquèrent sur la côte sud, à quelques kilomètres au nord-est de Hong Kong. Poussant rapidement vers l'intérieur, ils s'emparèrent de la grande ville de Canton qui, depuis la chute de Shangai, était devenue le principal port de mer chinois où arrivait le ravitaillement en provenance de l'étranger.

Malgré leurs succès, les Japonais n'étaient pas parvenus à briser la résistance des Chinois. Les Japonais décidèrent de s'en tenir aux territoires acquis pour les opérations de grande envergure en Chine et d'appliquer une nouvelle stratégie. En 1939, ils commencèrent à lancer de nombreuses petites opérations amphibies pour s'emparer de l'île de Haï-Nan et des ports de mer. Ils espéraient de cette façon empêcher tout ravitaillement en provenance de l'étranger et ainsi contraindre la Chine à capituler.

Après avoir perdue ses principaux ports en 1939 et 1940, la Chine ne disposait plus que de deux voies de ravitaillement. L'une passait par l'Indochine française, l'autre par la Birmanie britannique. En septembre 1940, profitant de la défaite de la France face à l'Allemagne, l'armée impériale japonaise entra en Indochine française. Désormais, le seul lien de la Chine avec le monde extérieur était la route de Birmanie.

Le Japon demanda à la Grande-Bretagne de fermer la route de Birmanie. Ayant subie une lourde défaite dans les Flandres, étant attaquée par la Luftwaffe et craignant d'être envahie par les Allemands, la Grande-Bretagne céda aux exigences japonaises. Le 18 juillet 1940, le Premier ministre britannique, Winston Churchill, fit fermer la route de Birmanie. La Chine était dès lors complètement isolée.

Il fallut attendre le 18 octobre 1940 pour que Churchill se sente à nouveau de défier les Japonais et rouvre la route de Birmanie. Les Japonais répliquèrent en étendant leur zone d'occupation en Indochine et en équipant les terrains d'aviation à partir desquels leurs bombardiers pourraient atteindre la section chinoise de la route de Birmanie. Ces agressions continuelles amenèrent le président Roosevelt à adresser un avertissement au Japon demandant l'arrêt des actions japonaises en Asie du sud-est. Les Japonais ignorèrent cet avertissement. En juillet 1941, ils occupaient la totalité de l'Indochine. Roosevelt riposta en mettant l'embargo complet sur tous les produits américains destinés au Japon. Ainsi, privés de pétrole et d'acier, les Japonais allaient se trouver en difficulté. Ils ripostèrent en attaquant Pearl-Harbor.

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