Événements > Atlantique, Méditerranée > L'agonie du Bismarck

En 1941, les navires allemands évitaient de se frotter aux convois alliés, souvent bien escortés, afin d'éviter toute avarie. Le grand amiral Reader prit conscience que s'il réussissait à concentrer dans l'Atlantique une puissante force navale, il pourrait alors s'attaquer aux convois les mieux escortés avec des chances de succès. Dans la Baltique, le Bismarck et le Prinz Eugen allaient être bientôt opérationnelles tandis que le Scharnhorst et le Gneisenau se trouvaient à Brest. Si ces navires appareillaient et se rejoignaient dans la Baltique, ils pourraient alors fournir la force dont Reader avait besoin. Cette opération reçut pour nom de code Rheinüburg (Rhin). Elle devait être exécutée, fin avril, à la nouvelle lune. Mais, le Gneisenau allait subir plusieurs avaries l'immobilisant à Brest tout comme le Scharnhorst. Le Prinz Eugen fut endommagé par une mine magnétique peu de temps avant l'opération. Cette dernière dût être ajournée. L'amiral Lütjens, commandant l'expédition, conseilla à Reader l'abandon de l'opération. Reader craignant que l'invasion de l'URSS ne déjoue ses plans ignora ses conseils.

Le 18 mai, le Bismarck et le Prinz Eugen quittèrent les côtes de la Baltique. Le 21 mai, après avoir remontés les côtes de Norvège, les deux navires jetèrent l'ancre dans le fjord de Kros, près de Bergen. Les Anglais procédèrent, ce jour-là, à de vastes reconnaissances photographiques des côtes Norvégiennes qui leur permirent de les localiser. La flotte fut alertée sur-le-champ. L'amiral sir Tovey, commandant la Home Fleet, disposait, à Scapa Flow, du cuirassé King George V (où il avait posé sa marque), du cuirassé Prince of Wales, du croiseur Hood (où se trouvait la marque du vice-amiral Holland) et du porte-avions Victorious. Quand Tovey apprit que le Bismarck se trouvait en Norvège, il ordonna à l'amiral Holland de prendre la mer avec le Hood et le Prince of Wales, escortés de six destroyers, pour couvrir le Norfolk et le Suffolk dans le détroit du Danemark. Holland quitta Scapa Flow le 22, à 0h52. Le reste des navires devaient se tenir prêt à appareiller au signal. Le 22 mai, un avion de reconnaissance britannique signala que les deux navires ennemis avaient pris la mer. Quand Tovey apprit cela, il décida de lever l'ancre.

Les Britanniques étaient très inquiets de la sécurité des convois dans l'Atlantique. Du côté Allemand, un avion de reconnaissance survola Scapa Flow par un très mauvais temps et rapporta que le King George V, le Hood, le Prince of Wales et le Victorious se trouvaient à l'ancre. Or cela était faux. Le pilote s'était trompé. Lütjens pensait, ainsi, avoir réussi sa sortie. Les officiers météorologistes l'avaient prévenu qu'il trouverait des nappes de brouillard dans le détroit du Danemark. Il décida, au lieu de monter vers le nord et de se tenir à l'abri pendant quelques jours en attendant que les Anglais renoncent à leur poursuite, d'aller de l'avant, pensant que le passage vers l'Atlantique était libre. Le 23 mai, le Bismarck et le Prinz Eugen pénétrèrent dans le détroit du Danemark. Le soir du 23, le Suffolk repéra les deux navires alors qu'il patrouillait. Lütjens se sachant repéré mit le cap vers la sortie du détroit. Les Britanniques inquiets de la sécurité de leurs convois dans cette zone ordonnèrent à la force H, stationnée à Gibraltar et commandée par l'amiral Somerville, de mettre cap vers le nord afin de les protéger. Lütlens, sentant ses mouvements épiés, décida de continuer vers l'Atlantique. Le Hood et le Prince of Wales augmentèrent leurs vitesses pour atteindre la sortie du détroit et engager le convoi allemand.

Le 24 mai, à environ 5h30, le Hood et le Prince of Wales étaient en vue des deux navires allemands. L'amiral Holland dirigea ses bâtiments vers l'adversaire. À 5h52, les navires britanniques ouvrèrent le feu sur les navires allemands qui répliquèrent. Les Britanniques concentrèrent leurs tirs sur le Bismarck alors que les Allemands choisirent le Hood comme cible principale. Le Hood, sévèrement touché, s'enflamma. Une salve à tir plongeant traversa son pont et atteignit la soute à munitions qui explosa brisant le navire en deux. Il y eut très peu de survivants. Le Prince of Wales fut endommagé et dû battre en retraite. Il rejoignit le Suffolk – qui suivait la piste du Bismarck depuis le début – et le Norfolk. Au cours de cet engagement, le Bismarck avait reçu trois coups au but dont un avait endommagé ses réservoirs de carburant.

Par ordre de Lütjens, le Bismarck se sépara du Prinz Eugen. C'était l'opération Hood. Le Prinz Eugen devait se diriger vers le sud du Groënland pour être ravitaillé tandis que le Bismarck devait se diriger vers les côtes de France. Lütjens espérait ainsi échapper à ses poursuivants. Le Victorious navigant de pair avec le King George V lança ses avions à l'attaque du Bismarck, vers minuit. Une seule torpille larguée par avion atteignit le navire en ne lui faisant subir aucune avarie. Lütjens décida de renoncer à son plan et de faire route directement sur Saint-Nazaire car il manquait de mazout.

Le 26 mai, la force H avec l'Ark Royal arriva à proximité du Bismarck. Le Sheffield fut envoyé pour établir le contact avec le cuirassé allemand. La mer se déchaina et l'Ark Royal envoya quelques-uns de ses avions qui larguèrent par erreur leurs bombes, dans l'après-midi, sur le Scheffield mais, heureusement, le manquèrent. Une nouvelle attaque fut lancée. Durant celle-ci, deux torpilles atteignirent le Bismarck. Si l'une provoqua peu d'avarie, l'autre endommagea ses hélices à tribord, démolit son servomoteur et bloqua ses gouvernails. Alors que les avions – de retour de leur mission – appontaient, 5 navires apparurent à l'horizon, au nord-ouest.

Ces navires appartenaient à la 4e flottille de destroyers de Vian, chargée de relever les destroyers à court de mazout. Durant son voyage, Vian avait intercepté le message d'un Catalina précisant la position du Bismarck. Il décida alors d'intercepter le navire ennemi. Il établit le contact avec lui et l'attaqua. Le Bismarck parvint à repousser les navires de Vian à maintes reprises. Quand le jour se leva, il était encore en vie et aucun des cinq destroyers britanniques engagés n'avaient été endommagés. Tandis que les destroyers se retiraient, le Bismarck était encore bien handicapé. L'équipage tenta en vain de débloquer les gouvernails. Lütjens annonça à ses hommes que des U-Boot allemands se rassemblaient dans les parages et des remorqueurs étaient en route pour les secourir.

Le 27, à 8h30, le Bismarck vit des navires apparaître à l'horizon. Il était pris au piège. Le feu fut ouvert à 8h47. La marine britannique neutralisa d'abord les grosses pièces du Bismarck, puis son artillerie secondaire. À 10h15, l'ordre fut donné de rompre le contact. De son côté, le Dossertshire avait reçu la consigne de s'approcher du cuirassé allemand et de le couler à la torpille. Il mit à l'eau deux torpilles lui donnant ainsi le coup de grâce. À 10h40, Le Bismarck s'enfonça par l'arrière et disparu dans les flots. Il semble que ce ne sont pas les torpilles britanniques qui ont eu raison du Bismarck mais plutôt le faîte que les Allemands auraient sabordé le navire avant de le quitter. Cette hypothèse a été admise récemment. Il y eut seulement 110 survivants sur les 2 200 membres d'équipage. Le Prinz Eugen, après révision et ravitaillement, rejoignit la France. Il atteignit Brest le 1er juin

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